—Oui, plus riche que moi... insista-t-il. Les puits de pétrole dont elle a hérité de son père rapportent, bon an, mal an, de trente à quarante mille dollars. Et encore sont-ils très-négligés... Mieux exploités, ils rendraient le double, le triple, le sextuple, que sais-je? C'est une mine en quelque sorte inépuisable, ainsi que me le démontrait sir Thomas Elgin... Si le pétrole ne donnait pas des bénéfices inouïs, comment expliqueriez-vous cette fureur soudaine dont la positive Amérique a été saisie, qu'on a appelée «la fièvre de l'huile» et qui a enrichi plus de gens que la Californie et «la fièvre de l'or!...» Ah! il y a quelque chose à tenter de ce côté, quelque chose de grand, et pour peu qu'on dispose de capitaux considérables...

Il s'animait, il s'échauffait, il s'oubliait, lorsque brusquement il s'arrêta court.

Evidemment il avait failli se trahir, laisser voir sa pensée tout entière... Aussi reprit-il vivement:

—Mais en voilà assez, je suppose, pour écarter tout soupçon de cupidité... Maintenant, vous me direz peut-être que je suis pour miss Brandon un pis-aller... Eh bien! non! En ce moment même, elle a à choisir entre moi et un prétendant bien plus jeune que moi et dont la fortune est de beaucoup supérieure à la mienne, M. Wilkie de Gordon-Chalusse...

D'où venait que M. de la Ville-Handry semblait le prendre pour juge de sa conduite, et paraissait plaider sa cause devant lui?...

Voilà ce que Daniel ne songeait même pas à se demander, tant était grand le désordre de son esprit.

Cependant, comme le comte insistait pour avoir son avis, comme il le pressait, comme il s'obstinait à lui répéter:

—Eh bien? voyez-vous encore une objection?...

Il oublia les prudentes recommandations de M. de Brévan, et d'une voix troublée:

—Sans doute, M. le comte, fit-il, vous connaissez la famille de miss Brandon?...