—C'est-à-dire, poursuivit-il, que vous trouvez l'existence plus douce ici qu'à bord! Je conçois cela!... On arrive au ministère à onze heures, dans un bureau bien chauffé s'il fait froid, s'il y a de la besogne, on en prend à son aise, et à cinq heures on est libre... Le soir, on a la flânerie sur le boulevard, le café, les amis et le théâtre... Ce qui est beaucoup plus gai que le pont d'un bateau par un gros temps... Enfin, pour comble, nous cachons quelque part une charmante amie, qui nous aime bien, et qui, dame! à la seule idée de notre départ, pleure comme une Madeleine...

—Mon commandant...

—Taisez-vous!... C'est votre histoire à vous tous, messieurs les jeunes officiers, dès que vous êtes restés à Paris six mois, on ne peut plus vous en tirer... Sacrebleu! quand on aime tant à vivre en bourgeois on change de métier... En attendant, vous êtes marin, vous avez ordre d'embarquement, embarquez... Il ne vous reste plus que trois jours pour les préparatifs et les adieux...

C'était un congé, mais le parti de Daniel était pris.

—Pardonnez mon insistance, mon commandant, reprit-il, si véritablement je ne puis être remplacé par un de mes camarades, je vais être forcé de donner ma démission...

Le vieux marin bondit sur ce mot, et roulant des yeux terribles:

—Je disais bien que vous étiez fou!... s'écria-t-il.

Très-résolu, Daniel était néanmoins trop troublé pour n'être pas maladroit.

—Il s'agit de ma vie même, mon commandant... insista-t-il. Et si vous connaissiez mes raisons... si je pouvais vous les dire...

—Des raisons qu'on ne peut pas dire sont certainement mauvaises, monsieur... Je maintiens ce que je vous ai dit...