—Mon cher camarade, prononça-t-il, désigné pour aller d'où vous venez, j'offrais ma démission... Mais après ce que vous venez de dire et que j'ignorais... je pars.
Il y eut comme un murmure approbateur, une voix dit: «—Ah! j'en étais bien sûr,» et ce fut tout. C'en était assez pour prouver à Daniel qu'il avait pris le seul parti possible, que son honneur avait failli être compromis et qu'il le sauvait.
Mais n'importe! si simple que fût cette scène, elle était encore bien extraordinaire de la part de gens aussi réservés que le sont d'habitude les marins. Et, d'ailleurs, n'arrive-t-il pas tous les jours qu'un officier désigné pour un service demande et obtient d'être remplacé sans qu'on y trouve à redire?
Au fond de tout cela, Daniel discernait quelque diabolique perfidie. Si l'ordre d'embarquement avait été obtenu par miss Brandon, n'avait-elle pas dû prendre ses mesures pour qu'il fût impossible de s'y soustraire... Tous les gens qui se trouvaient là en bourgeois étaient-ils bien des marins?... Le jeune homme qui avait prié le lieutenant Dutac de poursuivre avait disparu...
Daniel allait de l'un à l'autre, demandant en vain qui était ce garçon à langue si bien pendue, lorsqu'on vint le prévenir que son chef l'attendait dans son cabinet.
Il y courut, et dès le seuil:
—Je me rends à vos conseils, mon commandant, déclara-t-il, sous trois jours je serai à bord de la Conquête.
Le visage sévère du vieux capitaine de vaisseau se dérida.
—A la bonne heure! approuva-t-il, et c'est sagesse de votre part, car votre affaire me paraissait prendre une mauvaise tournure... M. le ministre est fort irrité contre vous...
—M. le ministre!... pourquoi?