—Décidément, insista le jeune homme en bourgeois, il ne fait pas bon en Cochinchine!
—Ah! mais non...
—De sorte que, si on vous y renvoyait?...
—J'y retournerais, naturellement. Il faut bien que quelqu'un aille y conduire des renforts, mais j'aime autant que ce soit un autre que moi...
Il haussa les épaules, et philosophiquement:
—Et encore, ajouta-t-il, puisque le métier veut qu'on soit mangé par les poissons, que ce soit ici ou là, je n'y vois pas grande différence...
N'était-ce pas là, pour Daniel, sous une forme triviale, mais terrible, la paraphrase de ce que lui avait dit son chef: Il n'y a pas de démission en face de l'ennemi.
Il était clair que tous les officiers rassemblés là doutaient de son courage et le disaient lorsqu'il était entré... Il était manifeste qu'on attribuait sa démission à la peur...
A cette pensée qu'on pouvait le prendre pour un lâche, Daniel frémit. Que faire pour prouver qu'il n'était pas un lâche?... Provoquer tous les officiers rassemblés là, se battre en duel une fois, deux fois, dix fois?... Cela prouverait-il qu'il n'avait pas reculé devant les périls inconnus d'une contrée toute nouvelle, d'un débarquement armé et d'un climat dévorant?... Non, sous peine de garder toute sa vie une flétrissure, il fallait partir, oui, partir, puisque là-bas était le danger dont il avait peur, croyait-on.
Il s'avança donc vers le vieux lieutenant, et d'une voix forte, pour que tout le monde l'entendit bien: