—Je ne l'ai pas, répondit-il, mais elle est à votre dossier, au bureau du personnel.
La minute d'après, Daniel était au bureau indiqué, et non sans peines, sous certaines conditions, il obtenait la communication de son dossier.
Il l'ouvrit d'une main fiévreuse, et la première pièce qui frappa ses yeux, ce fut une lettre datée de l'avant-veille, où lui, Daniel Champcey, il suppliait le ministre de lui accorder la «faveur» de faire partie de l'expédition de la frégate la Conquête.
Cette lettre, Daniel ne l'avait pas écrite, il n'en était que trop sûr...
Mais c'était si bien son écriture trait pour trait, c'était si exactement sa signature, qu'il eut comme un éblouissement, doutant presque, l'espace d'une seconde, de lui, de ses yeux, de sa raison...
Si merveilleuse était la contrefaçon et si parfaite, que s'il se fût agi d'un fait d'une importance médiocre, remontant seulement à une quinzaine de jours, il eût douté de sa mémoire plutôt que de cette preuve matérielle...
Aussi, épouvanté de ce hardi chef-d'œuvre de faussaire:
—C'est à n'y pas croire!... murmura-t-il.
Ce qu'il voyait de certain, de positif, c'est que cette lettre ne pouvait avoir été inspirée que par miss Brandon... Un de ses complices habituels, l'honorable sir Thomas Elgin, sans doute, l'avait écrite...
Ah! maintenant Daniel s'expliquait l'impudente assurance de miss Sarah, son insistance à lui offrir les lettres du pauvre caissier Malgat et à lui répéter: «Allez les montrer à ceux qui ont vécu des années près de ce malheureux, et ils vous diront si elles sont bien de lui...»