Certes, il n'eût trouvé personne pour dire le contraire, si l'écriture de Malgat avait été imitée avec une aussi désolante perfection que la sienne.

Cependant il y avait peut-être un parti à tirer de cet étrange événement, mais lequel?

Devait-il parler de sa découverte?

A quoi bon!...

Le croirait-on, lorsqu'il dénoncerait ce faux, véritablement inouï de hardiesse et de perfidie?... Consentirait-on à commencer une enquête, et si on la commençait, à quoi aboutirait-elle?... Où trouver un expert pour croire, pour affirmer que cette lettre n'avait pas été écrite par lui, alors que lui-même, si on lui eût présenté chaque ligne séparément, il eût cru reconnaître son écriture...

N'était-il pas infiniment probable, au contraire, qu'après ses démarches de la journée on ne verrait dans toutes ses allégations qu'une fable grossière et ridicule, imaginée après coup pour essayer de se soustraire à une expédition qui, après l'avoir séduit d'abord, l'avait effrayé quand il en avait connu les dangers...

Donc, mieux valait mille fois se taire, se résigner et remettre à plus tard sa vengeance, quelque vengeance terrible comme la perfidie et qu'il aurait eu le temps de mûrir.

Mais il ne voulait pas que cette fausse lettre, qui pouvait peut-être devenir un témoignage accablant, restât dans son dossier, d'où miss Sarah, pensait-il, trouverait sans doute moyen de la faire enlever.

Il demanda donc la permission d'en prendre une copie, l'obtint, se mit à la besogne, et réussit, assez adroitement pour n'être vu de personne, à substituer sa copie à l'original.

Cela fait, n'ayant plus une minute à perdre, il quitta le ministère, et, sautant dans une voiture, se fit conduire chez M. de Brévan...