—Malheureuse enfant, s'écria-t-il, songeriez-vous donc à renouveler votre horrible tentative?...
Elle ne répondit pas. N'était-ce pas comme si elle eût répondu: Oui.
—Mais c'est de la folie! s'écria le vieux brocanteur, en proie à la plus vive agitation. A vingt ans, désespérer de la vie! cela ne s'est jamais vu. Vous souffrez, mais soupçonnez-vous seulement les compensations que l'avenir vous réserve!...
Du geste, elle l'interrompit:
—Il n'était plus d'avenir pour moi, monsieur, quand j'ai demandé à la mort un refuge...
—Cependant...
—Oh! ne cherchez pas à me convaincre, monsieur; ce que j'ai fait, je devais le faire. Je sentais la vie me quitter, j'ai voulu abréger les tortures... Il y avait trois jours que je n'avais mangé, quand j'ai allumé du charbon ici... Et pour me le procurer, ce charbon, j'ai eu recours à une supercherie, j'ai trompé la marchande qui me l'a donné à crédit... Ah! Dieu sait cependant que ce n'était pas le courage qui me manquait!... Avec quelle joie et de quel cœur j'eusse travaillé aux plus grossiers ouvrages! Mais savais-je, moi, où et comment on trouve de l'ouvrage!... Cent fois j'ai supplié Mme Chevassat de m'en procurer, mais toujours elle se moquait de moi en riant, et quand j'insistais, elle me disait...
Elle s'arrêta et un flot de sang empourpra son visage. Ce que lui disait la portière, elle n'osait le répéter. Mais c'est d'une voix que faisait trembler la rancune de sa dignité de femme et de toutes ses pudeurs outragées, qu'elle dit:
—Ah! cette femme est une indigne créature!...
De quoi était capable la Chevassat, le vieux brocanteur ne pouvait l'ignorer.