Il ne devinait que trop par quels conseils elle avait dû répondre à cette malheureuse de vingt ans, qui en sa détresse profonde s'adressait à elle.

Cependant, un juron lui échappa, qui eut assurément bien étonné l'estimable portière, et vivement:

—Assez, mademoiselle, s'écria-t-il, assez, je vous en prie... Ce que vous avez enduré, ne le sais-je pas? J'ai vu la misère de près aussi, moi. Votre résolution désespérée de ce soir, je ne l'ai que trop comprise. Comment ne s'abandonner pas soi-même, quand on est abandonné de tout et de tous?... Mais je ne m'explique plus votre découragement, à cette heure que la situation n'est plus la même...

—Hélas! monsieur, en quoi a-t-elle changé!...

—Comment, en quoi!... Ne suis-je donc pas là, moi! Quoi, après avoir eu la chance d'arriver à temps, je vous abandonnerais! Ce serait du propre! Non, non, jeune fille, reposez en paix, je veille, la misère n'approchera plus. Il vous faut un défenseur, un conseiller, me voilà, solide au poste. Et si vous avez des ennemis, gare à eux! Allons, souriez aux jours meilleurs qui vont se lever.

Mais elle ne souriait pas; la stupeur, presque l'effroi, se peignaient sur son visage.

Concentrant en un puissant effort tout ce qu'elle avait de pénétration, elle attachait sur le bonhomme un regard obstiné, espérant arriver jusqu'au fond de sa pensée.

Lui ne laissait pas que d'être déconcerté du peu de succès de son éloquence.

—Douteriez-vous donc de mes promesses? demanda-t-il.

Elle secoua la tête, et laissant tomber ses paroles une à une, comme pour leur donner une valeur plus grande: