—Qu'était donc alors mon père pour vous?... Une proie trop magnifique pour la laisser échapper, une dupe facile... Enfin, vous le reconnaissez, c'est sa fortune que vous vouliez... C'est pour de l'argent que vous, jeune et merveilleusement belle, vous l'avez épousé, lui, vieillard...

Un sourire montait aux lèvres de la comtesse Sarah, un sourire où elle se dévoilait tout entière, qui éclairait les ténébreuses profondeurs de ses calculs... Et d'un ton d'hypocrisie railleuse:

—Moi, fit-elle, convoiter la fortune de mon mari, de mon cher comte... Y songez-vous, mademoiselle!... Avez-vous donc oublié mon ardeur, l'autre jour, à le détourner d'une entreprise où il risquait de se ruiner?...

Veillait-elle?... N'était-elle pas dupe d'une de ces hallucinations incohérentes qu'enfante la fièvre?... Mlle Henriette doutait presque.

—Et c'est à moi, prononça-t-elle, à moi, la fille du comte de la Ville-Handry, votre mari, que vous osez dire de telles choses!...

—Pourquoi non?... fit la comtesse.

Et, haussant les épaules, d'un geste insouciant:

—Pensez-vous donc que je redoute une délation?... Libre à vous d'essayer... Tenez, j'entends dans le vestibule la voix de votre père... Appelez-le et répétez-lui notre conversation...

Et comme Mlle Henriette se taisait:

—Vous hésitez, railla-t-elle, vous n'osez pas... Eh bien! vous avez tort... car moi qui tiens à lui remettre votre lettre, je vais l'appeler...