Taudis que Mlle de la Ville-Handry, élevée comme en serre chaude, selon les stupides préjugés de sa condition, ne savait rien de la vie, de ses poignantes réalités, de ses combats, de ses misères... Elle n'avait pour elle que son courage.

—Cela suffit, se disait-elle: ce qu'on veut, on le peut.

Ainsi résolue à ne plus même songer à un secours étranger, elle se mit à étudier sa situation et à inventorier ses richesses.

En fait de choses ayant une valeur certaine, elle possédait le cachemire dont elle s'était enveloppée pour fuir, le nécessaire de toilette en or contenu dans le sac du voyage de sa mère, une broche, sa montre, une paire d'assez jolies boucles d'oreilles, et enfin deux bagues, que par un hasard heureux elle n'avait pas retirées de son doigt le soir de son évasion, et dont une était d'un assez grand prix.

Tout cela, d'après son estimation, devait avoir coûté huit ou neuf mille francs au moins.

Combien le vendrait-elle, puisqu'elle était résolue à le vendre?... Pour elle, tout l'avenir était là.

Mais comment se défaire de ces objets?... Il lui tardait d'en finir, elle avait hâte d'être délivrée du tourment de l'incertitude, elle était pressée de payer les quelques méchants meubles qui garnissaient sa chambre.

A qui s'adresser... Pour rien au monde elle ne se fût confiée à la Chevassat, son instinct lui disant que laisser voir sa détresse à cette douceâtre mégère, ce serait se livrer à elle pieds et poings liés.

Elle cherchait quand l'idée du Mont-de-Piété traversa son esprit. Elle n'en avait ouï parler que très-vaguement; assez cependant pour savoir que c'est une institution d'ordre public qui prête de l'argent aux gens gênés contre le dépôt d'un nantissement.

—C'est là que je dois aller, se dit Mlle Henriette.