Elle s'était juré, l'infortunée, d'épargner le peu d'argent qui lui restait comme le sang même de ses veines... Mais comment épargner?...
Tout lui manquait, surtout l'indispensable.
Lorsqu'il était venu louer ce taudis, M. de Brévan n'avait rien prévu... Ou plutôt, si—et ce calcul était bien digne de sa froide scélératesse—il avait pris ses mesures pour que sa victime fût dénuée de tout à la fois. Sans autres vêtements que ceux qu'elle portait lors de sa fuite, elle se trouvait sans linge, sans chaussures, n'ayant pour essuyer ses mains que les serviettes que lui louait la portière.
Pour elle, accoutumée à toutes les recherches du luxe et aux raffinements d'une exquise propreté, ces privations devaient constituer un intolérable supplice...
C'est ainsi qu'elle dépensa en achats de tout genre cent cinquante francs!... Cent cinquante francs, quand déjà elle pouvait, pour ainsi dire, calculer l'heure où le pain lui manquerait...
D'un autre côté elle avait chaque jour cinq francs à donner à la Chevassat pour sa nourriture... Cinq francs, une somme énorme et qui la révoltait, car elle eût consenti avec joie à ne vivre que de pain et d'eau.
Mais là-dessus, toute économie lui paraissait impossible.
Un soir, s'étant avisée d'insinuer qu'il lui faudrait peut-être réformer cette dépense, la Chevassat l'avait enveloppée d'un regard si venimeux, qu'elle s'en était senti froid jusqu'à la moelle des os.
—Il faut en passer par là, s'était-elle dit.
Dans son esprit, ces cinq francs étaient comme une rançon quotidienne dont elle payait les bonnes grâces de l'estimable concierge.