Il est vrai qu'à ce prix la Chevassat était aux petits soins pour sa «pauvre chatte,» car c'est ainsi qu'elle appelait définitivement Mlle de la Ville-Handry, devenant de jour en jour plus envahissante, ajoutant aux tortures de la pauvre fille le supplice de son odieuse et irritante familiarité.
Maintes fois, Mlle Henriette, indignée et froissée, avait été sur le point de se révolter; jamais elle n'avait osé, se résignant à ces outrageantes privautés pour la même raison qu'elle se soumettait à l'impôt de cinq francs par jour.
Et l'autre, prenant ce silence pour un assentiment, ne se gênait plus guère... Elle ne pouvait comprendre, déclarait-elle, que «sa pauvre chatte,» jeune et jolie comme elle l'était, consentit à vivre comme elle faisait... Etait-ce une existence, cela!
Puis, toujours elle finissait par en revenir à M. Maxime, lequel continuait à venir aux informations deux fois par jour, le pauvre jeune homme!...
—Et même, ma pauvre chatte, ajoutait-elle, vous verrez qu'il prendra son courage à deux mains et qu'il viendra vous présenter ses excuses...
Mais cela, Mlle Henriette ne pouvait le croire.
—Jamais il n'aura cette impudence extraordinaire, pensait-elle.
Il l'eut, cependant.
Un matin, elle achevait de mettre en ordre son petit ménage, quand on frappa discrètement à la porte.
Persuadée que c'était la portière qui lui montait son déjeuner, elle se hâta d'ouvrir sans demander qui était là...