Sa maison était tenue sur un pied respectable. Il dépensait deux mille francs par an, rien que pour l'entretien des jardins. Il avait une meute et six chevaux. Enfin, il entretenait une demi-douzaine de grands diables de domestiques dont les livrées armoriées étaient l'éternel ébahissement des gens de Saint-Mathurin.
Il eût été complet sans sa passion pour la chasse.
La saison venue, à cheval ou à pied, par tous les temps, on était sûr de le rencontrer, le carnier au dos, arpentant les chaumes, sautant les haies ou barbottant dans les marais.
A ce point que les châtelaines des environs blâmaient hautement ses imprudences, lui reprochant de compromettre inutilement une santé précieuse.
Précieuse!... elle l'était en effet pour les familles pourvues de filles à marier.
Ce gentilhomme de quarante ans, comblé de toutes les faveurs de la destinée, était célibataire.
Et, certes, ce n'étaient pas les occasions qui lui avaient manqué. Il n'était pas une bonne mère à vingt lieues à la ronde qui ne guettât pour sa fille cette proie magnifique... 150,000 livres de rente et un beau nom!...
Il lui suffisait de paraître à un bal à Saumur ou à Angers pour en être le roi. Mères et filles réservaient pour lui leurs plus accueillants sourires et leurs plus provocantes œillades.
Mais toutes les avances avaient échoué, et même il avait su éviter plus d'un guet-apens conjugal adroitement tendu; car on était allé jusqu'au guet-apens.
D'où lui venait cette horreur du mariage? Ses intimes l'expliquaient par la présence au château de certaine gouvernante, moitié lingère, moitié dame de compagnie, assez jolie et très intrigante. Mais il est des mauvaises langues partout.