Cependant, un événement arriva l'année suivante qui ne laissa pas que de donner beaucoup de consistance aux cancans—médisances ou calomnies.

Un beau matin du mois de juillet 1847, on apprit la mort de cette gouvernante, enlevée en quelques heures par une congestion cérébrale.

Et dès les premiers jours de septembre, c'est-à-dire six semaines plus tard, le bruit se répandit du mariage du comte de la Ville-Handry.

La nouvelle était exacte; M. de la Ville-Handry se mariait. On n'en put plus douter quand on vit ses bans affichés à la porte de la mairie de Saint-Mathurin.

Et qui épousait-il, s'il vous plaît? La fille d'une pauvre veuve, la baronne de Rupert, qui traînait aux Rosiers une existence misérable, sans autres ressources que la maigre pension qui lui revenait du chef de son mari, mort colonel d'artillerie.

Si encore elle eût été de bonne et authentique noblesse; si seulement elle eût été du pays!...

Mais point!... On ne savait même au juste qui elle était ni d'où elle venait, ayant été épousée à l'étranger, en Autriche, suivant les uns et selon les autres en Suède.

Quant à feu le colonel, on le disait baron de la façon du premier empire et on lui contestait la particule qu'il mettait devant son nom.

Il est vrai que Mlle Pauline de Rupert, âgée alors de vingt-trois ans, était dans tout l'éclat de la jeunesse et d'une merveilleuse beauté.

Il est vrai que jusqu'à ce jour elle avait eu la réputation d'une jeune fille modeste et sensée, d'un esprit supérieur, douce, aimante, dotée enfin de toutes ces qualités rares et exquises qui sont l'honneur d'une maison et fixent le bonheur au foyer domestique.