Mais quoi! pas un sou vaillant, pas de dot, pas même un trousseau...
La stupeur fut profonde, et suivie tout aussitôt d'un effroyable débordement d'indignes calomnies.
Etait-il possible, naturel, qu'un gentilhomme tel que le comte finît ainsi, piètrement, ridiculement, qu'il épousât une fille sans le sou, une aventurière, après avoir eu à choisir entre les plus nobles et les plus riches partis du pays!...
M. de la Ville-Handry n'était-il donc qu'un sot impertinent!... Ou plutôt ne s'était-on pas mépris sur le compte de la petite personne?... Au lieu de ce qu'on croyait, n'était-elle pas une hypocrite intrigante, qui fort subtilement avait tissé dans l'ombre le filet où on voyait pris le lion de l'Anjou!...
L'étonnement eût été moindre, si on eût su que madame veuve de Rupert avait été fort liée avec la gouvernante défunte du château de la Ville-Handry. Cette circonstance, si elle eût été connue, eût servi de texte à de bien autres histoires...
Quoi qu'il en soit, le comte ne devait pas tarder à constater le prodigieux revirement de l'opinion publique à son endroit.
L'occasion lui en fut fournie lors de ses visites de noces, quand il présenta sa jeune femme à Angers et dans les châteaux des environs.
Plus de sourires accueillants, plus de provocantes œillades, plus de jolies mains blanches furtivement tendues aux siennes!...
Les portes qui jadis semblaient s'ouvrir seules à deux battants dès qu'il se présentait, maintenant s'entre-bâillaient à peine de mauvaise grâce. Quelques-unes même restèrent fermées, les maîtres lui faisant dire qu'ils étaient absents, alors qu'il savait d'une façon sûre et positive qu'ils étaient chez eux.
Une dame fort noble et encore plus dévote, en possession de donner le ton, avait prononcé ce mot décisif: