—Certes, je ne recevrai jamais une péronnelle qui enseignait la musique à mes nièces, eût-elle englué et épousé un Bourbon!

C'était vrai. Cruellement affligée de voir sa mère privée de ces douceurs de l'aisance que l'âge rend si nécessaires, Mlle Pauline avait donné dans le voisinage des leçons de piano, qu'on lui payait Dieu sait quel prix!

N'importe, on s'armait contre elle de son noble dévouement. On lui eût fait un crime des plus admirables vertus.

C'est que c'est à elle surtout qu'on en voulait. La rencontrait-on seule, on détournait la tête pour ne la pas saluer. Et lorsqu'elle était au bras de son mari, il y avait des gens qui parlaient fort amicalement au comte et qui n'adressaient pas la parole à la comtesse, comme s'ils ne l'eussent point vue ou comme si elle n'eût pas existé.

Même les impertinences de ce genre allèrent si loin, qu'un jour M. de la Ville-Handry, exaspéré, hors de lui, saisit au collet un gentilhomme, son voisin, et le secoua rudement en lui criant à deux pouces du visage:

—Ne voyez-vous donc pas Mme la comtesse, ma femme!... Quelle correction vous faut-il pour vous guérir de votre myopie!...

Menacé d'un duel, l'insolent fit bravement les plus plates excuses, et cet acte de vigueur rendit les gens circonspects.

Mais les sentiments n'en furent point modifiés. La guerre ouverte dégénéra en une sourde hostilité, voilà tout...

Cependant la destinée, meilleure que les hommes, réservait à M. de la Ville-Handry une récompense bien inattendue de l'héroïsme dont il avait fait preuve en épousant, lui, si riche, une fille pauvre.

Un frère de Mme de Rupert, banquier à Dresde, mourut, léguant à sa «chère nièce Pauline» environ 1,500,000 francs.