Cet homme si riche, qui, de sa vie, n'avait envoyé un secours à sa sœur, qui eût déshérité la fille du soldat de fortune, avait été flatté d'écrire en tête de son testament le nom de «haute et puissante comtesse de la Ville-Handry.»
Cet héritage inespéré eût dû ravir la jeune femme. N'allait-il pas la venger victorieusement des plus ineptes calomnies et lui ramener l'opinion!... Et pourtant, jamais on ne la vit si triste que le jour où la grande nouvelle parvint au château.
C'est que ce jour-là, peut-être, elle maudit son mariage... C'est qu'en dedans d'elle-même une voix s'éleva qui lui reprochait amèrement d'avoir cédé aux ordres, aux supplications de sa mère...
Fille incomparable, de même qu'elle devait être la meilleure des mères et la plus chaste des épouses, elle s'était dévouée, et voici que les événements donnaient tort à son sacrifice et la punissaient de ce qu'elle avait fait son devoir.
Ah! que n'avait-elle combattu, résisté, gagné du temps!...
C'est que, jeune fille, elle avait rêvé un autre avenir... C'est qu'avant d'accorder sa main au comte, spontanément et librement elle avait donné son cœur à un autre... C'est qu'elle avait aimé du plus naïf et du plus chaste amour un jeune homme de deux ou trois ans seulement plus âgé qu'elle, Pierre Champcey, le fils d'un de ces richissimes cultivateurs comme on en compte par centaines le long de la vallée de la Loire.
Lui l'adorait.
Malheureusement un obstacle dès le premier jour s'était dressé entre eux, infranchissable: la pauvreté de Pauline.
Y avait-il à espérer que le père et la mère Champcey, ces âpres paysans, permettraient à un de leurs fils,—ils en avaient deux,—cette folie qui s'appelle un mariage d'amour?
Ils s'étaient imposé de rudes sacrifices pour leurs enfants. L'aîné, Pierre, se destinait au barreau; l'autre, Daniel, qui voulait être marin, travaillait pour entrer au Borda.