—Comme vous voudrez, ma petite chatte... Seulement, croyez-moi, les économies qu'on fait sur son estomac ne profitent pas...
C'est à dater de ce coup d'état que Mlle Henriette prit l'habitude de descendre chaque matin pour acheter le petit pain et les deux sous de lait qui constituèrent désormais son déjeuner.
Le reste du temps, elle ne bougeait de sa chambre, s'acharnant au travail de broderie qu'elle avait entrepris, et rien ne troublait la désolante monotonie de ses journées, que la visite hebdomadaire de M. de Brévan...
Car il n'oubliait pas sa menace, et chaque semaine, Mlle Henriette était sûre de le voir apparaître.
Il arrivait d'un air grave et froidement lui demandait si elle avait réfléchi depuis qu'il avait eu l'honneur de lui présenter ses hommages...
Elle ne lui répondait d'ordinaire que par un regard de mépris, mais il n'en semblait aucunement déconcerté. Il saluait respectueusement et invariablement disait avant de se retirer:
—Ce sera donc pour une autre fois... j'attendrai. Oh! j'ai le temps d'attendre.
S'il espérait ainsi réussir à réduire plus vite Mlle Henriette, il se trompait grossièrement... Cette insulte périodique était un stimulant qui entretenait sa colère et fouettait son énergie... Son orgueil s'exaspérait à l'idée constante de la lutte engagée, et elle se jurait qu'elle en sortirait victorieuse...
C'est de ce sentiment que lui vint la pensée d'une démarche dont les résultats devaient avoir sur l'avenir une influence décisive.
On était alors à la fin de juin, et elle ne voyait pas sans effroi diminuer son petit trésor, quand un matin, jugeant la Chevassat de belle humeur, elle se hasarda à lui demander si elle ne pourrait pas lui procurer de l'ouvrage, se disant très-adroite à tous les travaux de femme...