Ce qu'elle cherchait, c'était une de ces boutiques borgnes où on aperçoit, attendant leur proie, de ces brocanteurs suspects dont les trafics inquiètent l'observateur.
Elle en trouva une telle qu'elle la souhaitait.
Une vieille femme à lunettes plantées sur un nez crochu, sans seulement lui demander son nom, tant évidemment elle la prenait pour une voleuse, lui donna de sa broche et de ses boucles d'oreilles... cent quarante francs.
Qu'était-ce que cette somme!... Rien... Mlle Henriette le comprit. C'est pourquoi, surmontant toutes ses répugnances et toutes ses pudeurs, et s'armant d'une résolution désespérée, elle se jura de tout tenter pour se procurer de l'ouvrage...
Et elle se tint parole.
Soutenue par le secret espoir de triompher, à force d'énergie, de l'acharnement de la destinée, elle s'en alla de magasin en magasin, de porte en porte, pour ainsi dire, sollicitant de l'ouvrage comme elle eût demandé la charité, promettant de s'employer à ce qu'on voudrait, tant qu'on voudrait, pourvu qu'on la nourrit et qu'on la logeât.
Mais il était écrit que tout tournerait contre elle... Et sa beauté, le charme et la distinction de sa personne, sa façon même de s'exprimer lui étaient autant d'obstacles... Qui donc eût voulu employer cette jeune fille qui avait l'air d'une duchesse...
Si bien que ses prières ne rencontraient que visages froids, haussements d'épaules et sourires ironiques... Et partout des refus.
A moins cependant que quelque galant commis ne répondit à sa requête par une déclaration.
Le hasard lui avait fait découvrir ces petits avis à la main que les entrepreneurs collent sur tous les tuyaux d'eaux ménagères de leur quartier pour demander des ouvrières...