Dans le cadre de sa porte ouverte, un homme d'un certain âge, de taille moyenne, était debout, regardant...
C'était le père Ravinet, qui après une longue conversation avec le sieur Chevassat et après quelques mots échangés avec l'estimable portière, venait chercher des nouvelles de sa protégée...
Elle le devina bien plutôt qu'elle ne le reconnut... Elle habitait la même maison que lui, mais non le même corps de logis, et c'est à peine si elle se souvenait de l'avoir entrevu quelquefois en traversant la cour.
—Voici donc, pensa-t-elle, l'homme qui complote ma perte, le misérable dont je dois me défier!
Or, il est certain que ce bonhomme avec son visage glabre, ses gros sourcils en broussailles et ses petits yeux jaunes d'une étrange mobilité, avait, pour qui l'observait, quelque chose d'énigmatique et par conséquent d'inquiétant.
Mlle Henriette ne l'en remercia pas moins, d'une voix profondément troublée, de son empressement à la secourir, de ses soins intelligents et de sa générosité à la pourvoir de tout ce dont elle manquait.
—Oh! vous ne me devez nulle reconnaissance, interrompit-il, je n'ai que rempli mon devoir, et petitement...
Et aussitôt, d'un ton bourru, il se mit à expliquer que ce qu'il avait fait n'était rien, en comparaison de ce qu'il se proposait de faire... Les causes du suicide de Mlle Henriette, il ne les avait que trop comprises à l'aspect désolé de sa chambre... Mais elle n'avait plus rien à craindre de la misère, jurait-il, maintenant qu'il était là, lui...
Mais plus étaient vives et pressantes les marques d'intérêt que lui donnait le vieux brocanteur, plus Mlle Henriette se tenait sur la réserve, l'esprit encore plein des préventions que la Chevassat lui avait soufflées.
Par bonheur il était fin, le bonhomme, et avec une rare habileté, grâce à des réticences aussi prudemment calculées que certains emportements, il sut ramener un peu Mlle de la Ville-Handry. Il la conquit presque, en lui remettant cachetées et intactes en apparence, les lettres qu'avant d'allumer le réchaud fatal, elle avait écrites à M. de Brévan et à son père.