—Dieu! quelle paresseuse je fais!... s'écria-t-elle avec le rire insoucieux de l'enfant.

C'est que dans cette chambrette, où elle n'avait passé qu'une nuit, elle se sentait chez elle, autant qu'à l'hôtel de la Ville-Handry du vivant de sa pauvre mère, et il lui semblait qu'elle y avait vécu des années.

—Mon frère est venu il y a une demi-heure pour vous parler, mon enfant, prononça la vieille dame, mais il n'a pas voulu vous éveiller. Vous aviez tant besoin de repos... Mais il reviendra ce soir et dînera avec nous...

Le gai sourire qui éclairait le visage de Mlle Henriette s'éteignit à l'instant même.

Absorbée dans l'extase du bonheur présent, elle avait tout oublié, et ces quelques mots la ramenaient à la réalité de la situation et lui rappelaient les misères passées et les incertitudes de l'avenir.

La digne veuve, cependant, l'aida à se lever, et elles passèrent leur journée ensemble, dans le petit salon, occupées à tailler et à coudre une robe de soie noire, dont le père Ravinet avait apporté l'étoffe le matin et qui était destinée à remplacer la misérable robe d'orléans de Mlle de la Ville-Handry.

Même, en apercevant cette pièce de soie, et songeant à ce que la sœur du vieux brocanteur lui avait dit de leur extrême indigence, la jeune fille avait eu peine à retenir une larme.

—Pourquoi cette dépense!... avait-elle dit d'un air triste. Est-ce qu'une robe de laine ne suffisait pas bien! Déjà l'hospitalité que vous m'accordez doit vous être une charge... Je ne me pardonnerais pas de vous être un sujet de nouvelles privations!...

Mais la vieille dame branlait la tête.

—Rassurez mon enfant, répondit-elle, l'argent ne nous manque pas...