Et s'animant, elle poursuivait:

—Accuser mon père d'un ignoble abus de confiance, d'un vol!... Voyons, il faudrait raisonner un peu cependant!... Pourquoi, dans quel but serait-il allé risquer à la Bourse les sommes remises à son honneur? Pour se procurer de l'argent, n'est-ce pas?... Comme si sa fortune ne lui eût pas suffi!... Ah! qu'un chevalier d'industrie qui n'a rien à perdre, qu'un aventurier dévoré de convoitises risquent tout, espérant tout gagner... on se l'explique... Mais le comte de la Ville-Handry, un homme considérable et considéré, un grand seigneur cinq ou six fois millionnaire?

Elle haussait les épaules, elle riait d'un air d'ironique pitié.

Mais le bonhomme de plus en plus devenait sombre.

—Vous oubliez, mademoiselle, reprit-il, que votre père ne s'appartient plus, qu'il est sans forces ni volontés non plus qu'un enfant, qu'il est à la disposition d'une de ces créatures redoutables qui semblent posséder le secret de quelque philtre pour égarer les sens et troubler la raison! Vous oubliez...

—Rien, monsieur!... Mon père est vieux... il est faible. Il aime... il est crédule. On lui aura démontré que ce qui n'était pas était... Mais il n'est pas de pouvoir au monde capable de lui prouver qu'un acte malhonnête ne l'est pas, capable surtout de l'y déterminer...

Véritablement le digne brocanteur souffrait, et cela se voyait.

—Eh! mademoiselle, interrompit-il, autant que vous j'ai foi en la probité de M. le comte de la Ville-Handry. Mais que savait-il des affaires, ce malheureux homme, quand on l'y a lancé?... Rien. Le maniement des capitaux industriels est difficile, périlleux souvent... On l'aura trompé, abusé, joué, poussé vers l'abîme de la banqueroute...

—Qui?

Le père Ravinet tressauta sur son fauteuil, et levant les bras au plafond: