—Qu'est-ce?... Qu'y a-t-il?...
—Il y a, répondit-il, rayonnant de joie, que le ciel décidément se déclare pour nous. Je suis allé au ministère. La Conquête doit rester encore un an en Cochinchine, mais M. Daniel Champcey rentre en France... Il a dû s'embarquer sur un navire de commerce, le Saint-Louis, qu'on attend à Marseille au premier jour, s'il n'y est déjà arrivé... Et moi, je pars pour Marseille, il faut que je voie M. Champcey avant tout le monde!...
Et sa sœur lui ayant remis deux billets de mille francs, il s'élança dehors en criant:
—Demain, vous aurez une dépêche télégraphique.
XXII
S'il est, dans notre civilisation une profession pénible entre toutes, c'est assurément celle de marin.
Si pénible, que c'est presque à se demander comment des hommes se trouvent assez hardis pour l'embrasser, assez obstinés en leurs résolutions pour ne la point abandonner après l'avoir éprouvée.
Non à cause de ses hasards, de ses fatigues et de ses périls, faits au contraire pour tenter et séduire une imagination aventureuse, mais parce qu'elle crée une existence à part, et qu'il ne semble pas que les devoirs qu'elle impose se puissent concilier avec la libre disposition de soi.
Il n'est pas d'hommes, cependant, qui plus que les marins aient l'esprit et l'amour du foyer. Il en est peu qui ne se marient pas...
Et par une sorte de grâce d'état, on les voit s'installer comme pour l'éternité dans leur félicité passagère, insoucieux de l'événement du lendemain...