Mais voici qu'un matin, tout à coup, un large pli arrive du ministère de la marine...

C'est un ordre d'embarquement.

Il faut embarquer, abandonner tout et tous, mère, famille, amis, l'épousée de la veille, la jeune femme qui sourit au berceau d'un nouveau-né, la fiancée qui déjà essayait son voile de mariée...

Il faut partir et étouffer toutes ces voix sinistres qui, du plus profond de l'âme, montent et crient:

«—Te sera-t-il donné de revenir, et, si tu reviens, les retrouveras-tu tous, ces êtres chéris, et si tu les retrouves, n'auront-ils pas changé, auront-ils gardé pieusement ton souvenir comme tu garderas le leur?»

Etre heureux et en être réduit à ouvrir au malheur cette porte fatale: l'absence!...

Aussi, n'est-ce que dans les romans maritimes et dans les opéras-comiques, qu'on voit, à l'appareillage d'un navire, tous les matelots célébrer le départ en chantant leurs plus joyeuses chansons.

L'appareillage, toujours, est solennel, grave, triste...

Tel devait être, tel fut l'appareillage de la Conquête, la frégate où embarquait Daniel Champcey avec le grade de lieutenant.

Et certes, ce n'était pas sans raison qu'au ministère on lui avait ordonné de se hâter; la frégate, mouillée sur rade, n'attendait que lui...