N'importe! les résultats obtenus par Daniel suffisaient pour lui rendre l'existence plus supportable.

Il respirait à bord, il allait, il venait en toute sécurité, maintenant qu'il était bien sûr que son assassin ne faisait pas partie de l'équipage de la Conquête...

Et même il éprouvait un soulagement réel à pouvoir se dire que ce n'était pas du moins parmi ces braves et rudes marins qu'on avait trouvé à acheter un misérable pour le frapper lâchement.

De plus, le champ de ses investigations se trouvait assez limité pour qu'il pût désormais entrevoir le succès.

Malheureusement, dès la première quinzaine de l'arrivée, les émigrants avaient été répartis, selon les besoins, dans divers établissements de la colonie assez éloignés les uns des autres.

Force fut à Daniel de renoncer, au moins momentanément, au projet qu'il avait formé de s'entretenir avec tous jusqu'à ce qu'il reconnût cette voix du faux batelier qu'il n'oubliait pas.

Lui-même d'ailleurs ne devait pas séjourner à Saïgon.

Après une première campagne qui l'éloigna deux mois, on lui confia le commandement d'une chaloupe à vapeur, avec mission d'explorer et de relever le cours du Cambodge, depuis la mer jusqu'à My-Thô, la seconde ville de la Cochinchine.

Ce n'était pas une tâche facile, le Cambodge ayant déjà mis en défaut l'habileté de plusieurs ingénieurs hydrographes, déroutés par les incessants caprices de ce fleuve, dont les passes changent de direction et de profondeur suivant les moussons...

Mais c'était surtout une rude et périlleuse mission...