Comme de raison, M. de la Ville-Handry eût été le dernier à reconnaître la vérité. On la lui eût révélée qu'il eût peut-être haussé les épaules.
La ligne de conduite que lui avait tracée sa femme, c'est de bonne foi qu'il croyait l'avoir trouvée. Les discours qu'elle lui composait, il se persuadait, dans la sincérité de son âme, qu'il les avait pensés et coordonnés, les articles de journaux et les lettres qu'elle lui dictait, il était bien convaincu qu'il les avait médités et écrits...
Et même, quelquefois il s'étonnait du peu de jugement de la comtesse, lui faisant remarquer d'un air d'ironique pitié que les actes dont elle le détournait le plus fortement étaient précisément ceux qui lui réussissaient le mieux.
Mais il n'était pas de railleries capables de détourner Mme de la Ville-Handry de ce qu'elle croyait son devoir ni de lui arracher un mot ou seulement un sourire qui l'eussent vengée.
Impassible sous les sarcasmes de son mari, elle baissait la tête.
Et plus il triomphait en son inepte suffisance, plus elle s'applaudissait de son œuvre, trouvant au-dedans d'elle-même et dans l'approbation de sa conscience de sublimes compensations.
Le comte avait eu ce rare désintéressement de la prendre sans dot; elle lui avait dû un grand nom et une fortune considérable; mais, en échange et sans qu'il s'en doutât, elle lui avait assuré une situation qui n'était pas sans éclat; elle lui avait donné le seul bonheur que pût goûter cette âme petite et vulgaire, insensible à tout ce qui n'était pas satisfaction de la vanité.
Dès lors, elle ne lui devait plus rien.
—Oui, nous sommes quittes, se disait-elle, bien quittes!...
Et elle se reprochait moins les heures où sa pensée échappant à sa volonté se reportait vers l'homme choisi par elle autrefois, vers Pierre.