Pauvre garçon!... elle lui avait porté malheur!...

Sa vie avait été brisée le jour où il s'était vu abandonné de celle qu'il aimait plus que la vie. De ce moment, il n'avait plus eu de volonté. Et ses parents ayant enfin «déniché»—c'était leur mot—une bru à leur convenance, il l'épousa.

Mais le père et la mère Champcey n'avaient pas eu la main heureuse.

La jeune fille, triée par eux entre cinquante, apportait cent mille écus de dot, c'est vrai, mais ce fut une mauvaise femme.

Et, après huit années d'un ménage qui, dès le premier jour, avait été un enfer, abreuvé de dégoûts, atteint en son honneur par l'indigne conduite de celle qui portait son nom, n'ayant pas d'enfants, Pierre Champcey s'était brûlé la cervelle.

Mais ce n'est pas à Angers, où il occupait un poste important, qu'il accomplit cet acte de désespoir.

Il vint se tuer aux environs des Rosiers, dans un petit chemin creux conduisant à la maison jadis occupée par Mme de Rupert.

Des paysans qui se rendaient au marché de Saumur trouvèrent son cadavre, au matin, étendu sur le revers d'un fossé. La balle l'avait si affreusement mutilé qu'on ne le reconnut pas tout d'abord, et ce suicide fit un bruit énorme...

Ce fut M. de la Ville-Handry qui apprit à sa femme cette lugubre histoire.

Il ne comprenait pas, il l'avouait, qu'un garçon bien posé, plein d'avenir, et qui avait vingt-cinq bonnes mille livres de rentes finît ainsi d'un coup de pistolet.