—Mais rien n'est si facile que de le pincer, monsieur le juge... Il doit être inquiet de ne pas recevoir de mes nouvelles, et je suis sûr qu'il va tous les jours à la poste restante demander s'il n'y a pas de lettres à l'adresse M. X. O. X. 88. Je puis lui écrire. Monsieur le juge veut-il que je lui écrive?... Je lui dirai que j'ai encore une fois manqué mon coup, et que même j'ai été arrêté, mais que la justice n'ayant rien découvert, j'ai été relâché... Avec ça, le gredin se tiendra tranquille comme Baptiste, et les agents n'auront qu'à prendre l'omnibus pour aller l'arrêter à domicile...
Si le magistrat laissait ainsi s'épancher la colère du prévenu, c'est qu'il savait par expérience de quels raffinements de vengeance est capable la haine d'un scélérat contre le complice qui l'a trahi.
Et il espérait que la rancune enragée de celui-ci lui fournirait peut-être quelque fait nouveau ou une idée ingénieuse.
Trompé dans son attente:
—La justice ne saurait descendre à de tels expédients! prononça-t-il.
Puis, comme Crochard paraissait désolé:
—Occupez-vous plutôt, ajouta-t-il, de bien rassembler vos souvenirs... N'auriez-vous pas oublié ou volontairement omis quelque circonstance propre à faciliter la tâche de l'instruction?
—Non... j'ai bien tout dit.
—Vous n'avez à fournir aucune preuve de la complicité de Justin Chevassat, de ses efforts pour vous pousser au meurtre, du faux qu'il a commis pour vous procurer un livret?...
—Aucune!... Ah! c'est un malin, celui-là, et qui ne laisse pas traîner les pièces à conviction. Mais il a beau être fort, si on nous confrontait, je me chargerais, rien qu'avec mes yeux, de lui faire sortir la vérité du ventre!