Et cependant, par un véritable prodige d'énergie et de volonté, lorsque tant de raisons devaient retarder son rétablissement, sa convalescence suivait son cours normal et régulier.
Quinze jours après les aveux de Crochard, Daniel se levait, passait les après-midi dans un fauteuil et déjà pouvait faire quelques pas dans sa chambre.
La semaine d'ensuite, il descendait sans trop de peine jusqu'au jardin de l'hôpital et s'y promenait au bras de son fidèle Lefloch.
Et avec les forces et la santé, l'espoir lui revenait au cœur d'une destinée plus clémente, quand deux lettres de Mlle Henriette vinrent rallumer la fièvre de son impatience.
Dans l'une, la pauvre jeune fille lui exposait qu'elle avait vécu jusqu'alors de la vente des quelques bijoux qu'elle avait emportés, mais qu'on l'exploitait indignement, et que ses ressources s'épuisant elle allait essayer de se procurer de l'ouvrage.
«Je suis bien sûre, disait-elle avec une sorte de gaieté navrante, de gagner mes quarante sous par jour, et avec cela, mon ami, je serai heureuse comme une reine et j'attendrai, sans manquer de rien, votre retour.»
Elle écrivait dans l'autre:
«Aucune de mes démarches pour trouver de l'ouvrage ne réussit... L'avenir s'assombrit de plus en plus... Bientôt le pain me manquera... Je lutterai jusqu'à la dernière extrémité, quand ce ne serait que pour ne pas donner à nos ennemis la joie de ma mort... Mais si vous voulez revoir votre Henriette, Daniel, revenez, revenez!...»
Moins horrible avait été la douleur de Daniel, le jour où la balle d'un assassin déchirait sa poitrine.
C'était là, évidemment, une de ces plaintes suprêmes qui précèdent l'agonie.