Puis, enfin, vers les quatre heures du matin, Daniel fut éveillé par le grincement des chaînes, mêlé au chant des manœuvres... Il se hâta de monter sur le pont. On levait l'ancre, et une heure plus tard le Saint-Louis descendait le Don-Naï emporté par «un courant de foudre.»
—Et maintenant, dit Daniel à Lefloch, je verrai bien au temps si la fortune est pour moi!
Oui, la destinée, à la fin, se déclarait pour lui; jamais vents plus exceptionnellement favorables n'abrégèrent cette immense traversée. Le Saint-Louis était un marcheur de premier ordre, et le capitaine, stimulé par la présence d'un lieutenant de vaisseau, ne cessa d'exiger de son bâtiment tout ce qu'il pouvait donner.
Si bien que soixante-dix jours après avoir quitté Saïgon, par une belle après-midi d'hiver, Daniel put voir à l'horizon surgir des vagues bleues de la Méditerranée, les collines qui dominent Marseille.
Il touchait au terme de son voyage et de ses nouvelles angoisses... Deux jours encore et il serait à Paris, et son sort serait irrévocablement fixé...
Mais allait-il pouvoir descendre à terre le soir même?... Il frémissait en songeant aux formalités qui attendent un navire à son arrivée... «La Santé» pouvait élever des difficultés et exiger une quarantaine...
Debout, à côté du capitaine, il surveillait la mâture chargée d'autant de toile qu'elle en pouvait porter, quand un cri de l'homme en vigie dans les barres de cacatois appela son attention.
Cet homme signalait, à deux ou trois kilomètres sous le vent, une embarcation légère, comme celle des pilotes, d'où partaient des signaux de détresse désespérés.
Le capitaine et Daniel échangèrent un regard désolé.
Le moindre retard, dans la situation où ils se trouvaient et à un moment où la nuit vient si vite, leur enlevait tout espoir de débarquer le soir même... Et qui pouvait dire ce qu'allait exiger de temps le sauvetage de cette embarcation?