Ne se trouvait-elle pas ruinée par ce malheur!...

Le vieil artiste n'avait pris aucune disposition testamentaire... Ses parents, il en avait à Paris, ne tardèrent pas à envahir son appartement, et leur premier soin fut de congédier Sarah, après avoir visité son bagage, et non sans lui donner à entendre qu'elle devait s'estimer heureuse qu'on lui laissât emporter ce qu'elle disait tenir de la munificence du défunt.

Cependant la succession ne fut pas ce qu'espéraient les héritiers... Sachant leur vieux parent à l'aise et de goûts modestes, ils espéraient trouver dans son secrétaire de notables économies en espèces... Point. Il n'y découvrirent qu'un titre de rente de huit mille francs et onze louis dans un tiroir.

Ah! j'ai longtemps cherché ce qu'étaient devenus l'argent comptant et les valeurs au porteur du vieil artiste... car il devait en avoir, c'était la conviction de ses amis.

Savez-vous ce que j'ai découvert après des investigations inouïes?... Ce n'est rien et c'est énorme.

Ayant obtenu la communication des livres de dépôt de la Caisse d'épargne, j'y ai vu que le 17 avril 185... c'est-à-dire cinq jours après la mort du pauvre Allemand, une certaine Ernestine Bergot avait versé une somme de quinze cents francs...

—Vous le voyez donc! s'écria Daniel, lasse de vivre près de ce vieillard à qui elle devait tout, elle l'a assassiné pour se procurer de l'argent...

Mais le vieux brocanteur, comme s'il n'eût pas entendu, poursuivait:

—Ce que fit Sarah pendant ses trois premiers mois de liberté, je l'ignore... Si elle alla s'installer dans un hôtel meublé, elle y donna un autre nom que le sien... Un employé de la préfecture, grand amateur de curiosités, et à qui j'ai fait faire plus d'un bon marché, a fait consulter pour moi les registres des garnis pendant les mois d'avril, de mai, de juin et de juillet 185... On n'y a point trouvé le nom d'Ernestine Bergot...

Ce dont je suis à peu près certain, cependant, c'est qu'elle songea au théâtre. Un des anciens secrétaires du Théâtre Lyrique m'a dit se souvenir parfaitement d'une certaine Ernestine, belle à étonner l'imagination, qui à deux ou trois reprises vint solliciter une audition.