Si on l'évinça c'est que ses prétentions étaient exorbitantes jusqu'au grotesque. Et cela devait être, car elle avait la tête pleine encore des rêveries ambitieuses de son vieux professeur.

Ce n'est donc qu'à la fin de l'été de cette même année que je retrouve la trace positive de Sarah. Elle habitait alors au haut de la rue Pigalle, avec un jeune peintre, d'un grand talent et très-riche, nommé Théodore de Planix.

L'aimait-elle?... Les amis de cet infortuné jeune homme m'ont assuré que non.

Mais il l'adorait, lui, d'une passion folle, et il en était jaloux au point de tomber dans des accès de désespoir dès qu'elle sortait seule une heure.

Souvent elle se plaignait d'un amour qui restreignait sa chère liberté, et cependant elle patientait, quand la destinée jeta sur son chemin Maxime de Brévan...

Au nom du misérable acharné à leur perte, et dont le succès avait tenu à si peu, Daniel et Mlle Henriette tressaillirent et échangèrent un regard enflammé.

Mais le père Ravinet ne leur laissa pas le temps de le questionner, et froidement, comme s'il eût lu un rapport, il poursuivit:

—Il y avait alors plusieurs années déjà que Justin Chevassat, sorti du bagne, s'était improvisé gentilhomme et promenait, la tête haute, ce nom sonore de Maxime de Brévan.

Qu'il eût réussi à se faufiler dans le monde de la haute vie, qu'il se fût ouvert les portes de beaucoup de salons qui passent pour exclusifs, c'est ce qui ne saurait surprendre à une époque où l'impudence tient lieu de tout.

Dans une société dont la devise, et pour cause, paraît être: «Tolérance et discrétion,» où le premier venu est accepté sans contrôle pour ce qu'il dit et paraît être, Justin Chevassat devait réussir.