Il réussit d'autant plus sûrement qu'avant de se lancer il avait bien pris toutes ses précautions, pareil à ces malfaiteurs qui ne s'aventurent jamais sans un passeport d'autant mieux en règle qu'ils l'ont fabriqué eux-mêmes.

Son passé lui avait enseigné la prudence... Un passé accidenté... moins que celui de Sarah, cependant, et que j'ai eu moins de peine à reconstituer.

Les parents de Justin, les époux Chevassat, actuellement concierges, 23, rue de la Grange-Batelière, étaient établis, il y a quelque trente-huit ou quarante ans, tout au haut du Faubourg-Saint-Honoré.

Ils tenaient un très-modeste établissement, moitié débit de vins, moitié gargote, fréquenté surtout par les domestiques du quartier.

C'était de ces gens de moralité indécise et de principes faciles, comme il y en a trop, honnêtes, tant qu'il n'est pas de leur intérêt ou que l'occasion ne s'est pas présentée de cesser de l'être.

Leur commerce prospérant, ils n'étaient pas malhonnêtes... et si quelqu'une de leurs pratiques oubliait chez eux son porte-monnaie, ils ne manquaient pas de le lui rendre.

Le mari avait vingt-quatre ans et la femme dix-neuf, quand, à leur grande joie, un fils leur naquit.

Ce fut une fête, dans la boutique, et le nouveau-né fut baptisé sous le prénom de Justin, qui était celui de son parrain, lequel n'était pas un moindre personnage que le propre valet de chambre du marquis de Brévan.

Mais avoir un fils est la moindre des choses... L'élever jusqu'à sept ou huit ans, n'est rien... Le difficile est de lui donner une belle éducation qui lui assure une situation dans le monde.

C'est à quoi, désormais, pensèrent incessamment les époux Chevassat.