C'est ainsi qu'il atteignit dix-sept ans... Ses études n'étaient pas terminées, mais comme il s'ennuyait au collége, il déclara qu'il n'y voulait plus retourner, et n'y retourna plus.
Son père, bien timidement, lui ayant demandé ce qu'il se proposait de faire, il haussa les épaules pour toute réponse.
Ce qu'il fit? Rien. Il battit le pavé de Paris...
S'habiller à la dernière mode, se promener le cure-dent à la bouche devant les restaurants en renom, se poser en fils de famille dans le quartier Latin, louer une voiture qu'il conduisait lui-même, ayant à ses côtés, les bras croisés, un domestique de louage, tel était l'emploi de ses journées.
Les nuits, il les passait au jeu... et quand il perdait, le tiroir de la gargote paternelle était là.
Ses parents lui avaient loué et confortablement meublé un petit appartement dans leur maison, et ils s'efforçaient de l'y retenir par des prodiges de servilité, délaissant leurs affaires pour être toujours à ses ordres...
Ce qui ne l'empêchait pas de parler continuellement d'aller habiter ailleurs, ne pouvant, disait-il, donner rendez-vous à ses amis dans une maison où son nom se lisait sur l'enseigne d'un établissement de dernier ordre.
Être le fils d'un gargotier et s'appeler Chevassat!... cela le désespérait...
Des chagrins plus sérieux devaient lui venir, après deux ans de cette fastueuse existence.
Un beau matin qu'il avait besoin, prétendit-il, de vingt-cinq louis, ses parents lui apprirent les larmes aux yeux qu'ils n'avaient pas vingt-cinq francs chez eux, qu'ils étaient à bout de ressources, que la veille il leur avait été impossible de payer un billet, qu'ils allaient être poursuivis et que la faillite était imminente.