—Tel vous connaissez Maxime de Brévan, continua-t-il, tel était à vingt ans Justin Chevassat: profondément dissimulé, d'un égoïsme féroce, rongé de vanité, enfin, dévoré de convoitises et capable de tout pour les assouvir.

L'idée de s'enrichir très-vite par quelque grand coup était déjà si profondément enracinée dans son esprit, qu'elle lui donna la force, inouïe à son âge, de changer, du jour au lendemain, ses habitudes et son existence.

Ce paresseux, ce prodigue, ce joueur, se leva matin, travailla dix heures par jour et devint le modèle des employés.

Il s'était promis de s'insinuer dans les bonnes grâces de son patron et de le gagner, il y réussit en jouant en hypocrite consommé une merveilleuse comédie.

Il y réussit à ce point que deux ans après son entrée dans la maison, il était élevé à un poste où il se trouvait avoir en maniement de l'argent et des titres...

Ceci se passait avant tous ces... sinistres qui, depuis une douzaine d'années, ont valu aux gardiens de l'argent d'autrui une si déplorable renommée.

Qu'un caissier maintenant décampe en emportant les fonds confiés à son honneur, c'est un fait si commun, que nul ne songe à s'en étonner. Pour que le public blasé s'émeuve, il faut que la somme enlevée atteigne un chiffre fabuleux, qu'il s'agisse de deux ou trois millions, par exemple. Et, en ce cas, ce n'est pas toujours au volé que l'intérêt s'attache.

Au temps dont je vous parle, la fuite d'un caissier était un scandale fort rare.

Les compagnies financières et les banquiers ne comptaient pas encore au nombre de leurs risques celui d'être dévalisés par leurs employés.

Quand on avait remis la clef de son coffre-fort à un garçon dont on connaissait la famille et la vie, on dormait sur les deux oreilles.