Le patron de Justin Chevassat dormait ainsi depuis dix mois, quand un dimanche il eut besoin de certaines pièces de comptabilité qu'il savait enfermées dans un des tiroirs du bureau de Justin.
Faire courir après son employé pour qu'il remît la clef, lui parut chanceux; il envoya simplement chercher un serrurier qui ouvrit le tiroir.
Et la première chose qui sauta aux yeux du banquier fut une traite signée de son nom, et qu'on eût juré signée par lui...
Oui, positivement, c'était sa signature, il la reconnaissait... et si on la lui eût présentée, c'est à peine s'il eût osé n'y pas faire honneur.
Et cependant il était sûr, moralement et physiquement sûr, que ce n'était pas, que ce ne pouvait pas être lui qui avait tracé sur cette traite son nom et son paraphe hardi et compliqué.
A sa stupeur première, un sentiment de poignante inquiétude succéda. Il fit forcer les autres tiroirs, chercha, fouilla, et ne tarda pas à découvrir tous les éléments d'une audacieuse escroquerie, admirablement conçue et combinée, pour lui enlever d'un seul coup de filet un million ou douze cent mille francs....
Un mois de confiance de plus et il allait être à demi ruiné.
Son employé de prédilection était un misérable, un faussaire d'une effrayante habileté.
Sur l'heure, il envoya chercher le commissaire de police, et le lendemain, le lundi, lorsque Justin Chevassat arriva comme d'habitude, il fut arrêté.
A cette tentative avortée, se bornait, pensait-on, le crime de Justin. On se trompait. Une minutieuse vérification des écritures révéla promptement bien d'autres méfaits.