Loin donc de pouvoir être utile à Sarah, c'est avec de véritables transports de joie qu'il accepta dix mille francs qu'elle lui apporta, dès qu'elle sut sa détresse.
«—Ah! lui disait-elle souvent, que n'avons-nous la fortune de cet imbécile de Planix!...»
De là à tenter de s'en emparer, de cette fortune tant convoitée, il n'y avait qu'un pas... ils le franchirent...
Pour commencer, Sarah décida M. de Planix à faire un testament par lequel il l'instituait sa légataire universelle.
Comment elle obtint cela de ce garçon, jeune, heureux, plein de santé, sans éveiller en lui le plus léger soupçon, on s'en étonnerait, si on ne savait que la passion explique ce qui semble le plus inexplicable.
Ce point obtenu, M. de Brévan se chargea de présenter dans le cercle que fréquentaient Sarah et M. de Planix, un de ses amis qu'on disait et qui était réellement la meilleure lame de Paris, brave garçon d'ailleurs, l'honneur même, plutôt endurant que querelleur, M. de Pont-Avar.
Sans se compromettre, et avec l'infernale adresse dont elle seule est capable, Sarah fut avec ce brave garçon tout juste assez coquette pour qu'il se crût autorisé à lui faire quelque peu la cour... Le soir même elle s'en plaignit amèrement à M. de Planix et sut si bien intéresser sa vanité et échauffer à blanc sa jalousie, qu'à trois jours de là il s'emportait jusqu'à souffleter M. de Pont-Avar, en présence de dix personnes.
Une rencontre devenait inévitable, et M. de Brévan, en paraissant vouloir l'empêcher, ne fit qu'animer les deux adversaires d'une colère furieuse.
Le combat eut donc lieu à l'épée, au bois de Vincennes, un samedi matin...
Et après moins d'une minute d'engagement, M. de Planix, atteint d'un coup droit en pleine poitrine, s'affaissa comme une masse.