On s'approcha... il était mort. Il n'avait pas encore vingt-sept ans...
Si délirante fut la joie de Sarah, que c'est à peine si elle, l'incomparable comédienne, elle parvint à verser, pour le monde, quelques larmes hypocrites sur le cadavre encore chaud de cet homme qui l'avait tant aimée, et qu'elle avait assassiné.
Pendant qu'agenouillée près du lit, elle cachait son visage dans ses mains, elle ne songeait qu'au testament, qu'elle savait enfermé dans le secrétaire, sous une grande enveloppe scellée d'un large cachet de cire rouge...
Le jour même, il fut ouvert et lu par le juge de paix qu'on était allé quérir pour apposer les scellés.
Et alors, véritablement désespérée, Sarah pleura des larmes de rage.
Pris d'une sorte de remords de sa faiblesse, et à un moment où une absence de Sarah le mettait hors de lui, M. de Planix avait ajouté deux lignes à ses dispositions.
Il disait bien toujours: «J'institue pour ma légataire universelle Mlle Ernestine Bergot,» mais il avait écrit plus bas: «A la condition de donner à chacune des deux demoiselles de Planix, mes sœurs, la somme de cent cinquante mille francs.» C'était cent mille écus à donner, et la fortune de M. de Planix s'élevait à peine à quatre cent mille francs...
Aussi, les premiers mots de Sarah, le soir, en arrivant chez M. de Brévan, furent:
«—Nous sommes volés!... Planix n'est qu'un misérable... Il ne nous restera pas cent mille francs!...»
Ce fut Maxime qui, le premier, prit son parti de cette déception; la somme lui paraissait encore énorme pour un crime sans péril, et il n'en voulait pas moins, ainsi que c'était convenu avant, épouser Sarah.