Mais elle rejeta bien loin ses instances, disant que cent mille francs c'était à peine le revenu qu'elle rêvait, et qu'il fallait attendre.

C'est alors que chez M. de Brévan le joueur se révéla... Il croyait au jeu, ce misérable; il croyait aux fortunes gagnées par le jeu... Il avait des systèmes pour ne jamais perdre, qu'il disait infaillibles.

Il offrit à Sarah de risquer, pour les décupler, les cent mille francs, et elle accepta, séduite par la hardiesse de la proposition.

Ils décidèrent donc qu'ils ne cesseraient de jouer qu'après avoir gagné un million ou perdu tout ce que possédait Sarah, environ cent vingt-cinq mille francs... Et ils partirent pour Hombourg.

Là, pendant un mois, ils menèrent une existence enragée, passant dix heures au jeu, fiévreux, haletants, luttant contre la banque avec un acharnement, et il faut ajouter avec une habileté et un sang-froid incroyables.

J'ai retrouvé un vieux croupier qui se souvient encore d'eux. Par deux fois, ils en furent à jeter leur dernier billet de mille francs, et leur gain, un jour de veine, dépassa quatre cent mille francs...

Ce jour-là, Maxime voulut quitter Hombourg... Sarah, qui tenait la caisse, s'y opposa, répétant sa devise favorite: Tout ou rien.

Ce fut: Rien. La victoire, comme toujours, resta aux gros bataillons, et un soir les deux complices se retrouvèrent dans leur chambre d'hôtel, ruinés, décavés, sans un florin, ayant tout vendu, jusqu'à leurs montres et devant une certaine somme à leur hôtelier...

Ce soir-là, Maxime parlait de se brûler la cervelle... Jamais, au contraire, Sarah n'avait été plus gaie...

Et le lendemain, dès le matin, elle s'habilla et sortit, disant que c'était pour une idée qui lui avait passé par la tête, et qu'elle allait revenir...