Comment vous dire l'éblouissement du pauvre caissier à cette fulgurante apparition!... C'est à peine s'il put balbutier les explications indispensables, et le gentleman et la jeune fille étaient partis depuis longtemps qu'il demeurait encore abîmé dans une extase idiote...

Une de ces foudroyantes passions, qui guettent les hommes de mœurs pures au passage de la quarantaine venait de fondre sur lui...

Hélas! Sarah n'avait que trop discerné le triomphe de sa beauté. Certes, Malgat était bien loin d'être la dupe conjugale rêvée par ces aventuriers, mais il avait les clefs d'une caisse où affluaient les millions... On pouvait toujours en tirer quelque chose, de quoi attendre... Leur plan fut vite arrêté.

Dès le lendemain, sir Elgin se représentait seul à la caisse pour demander quelques renseignements... Il revint trois jours plus tard avec une nouvelle traite... A la fin de la semaine, il fournit à Malgat l'occasion de lui rendre un léger service...

Si bien que des relations s'établirent, qui au bout d'une quinzaine autorisèrent sir Tom à inviter le caissier à dîner chez lui, rue du Cirque.

Une voix au-dedans de lui, un de ces pressentiments qu'on devrait toujours écouter, criaient à Malgat de refuser cette invitation... Déjà il ne s'appartenait plus.

Il alla dîner rue du Cirque, et en sortit fou à lier...

Il lui avait semblé sentir tout le temps les yeux de Sarah Brandon arrêtés sur lui, ces yeux étranges et sublimes, qui bouleversent l'être jusqu'en ses plus intimes profondeurs, qui dissolvent les plus robustes énergies, qui troublent les sens et égarent la raison, qui éblouissent, qui enchantent, qui fascinent...

La plus vulgaire politesse commandait à Malgat de rendre une visite à sir Tom et à mistress Brian... Cette visite fut suivie de beaucoup d'autres.

Assurément, un homme moins aveuglé eût soupçonné un piége, tant les misérables, harcelés par la nécessité, menèrent vivement leur intrigue...