Six semaines après avoir aperçu Sarah Brandon, Malgat se croyait éperdûment aimé d'elle...
C'était absurde, c'est vrai, stupide, grotesque... N'importe, il le croyait... Il croyait à la vérité des regards de flamme dont elle l'enveloppait, à la vérité des enivrantes caresses de sa voix et de ses rougeurs divines dès qu'il entrait...
C'est alors que commença le second acte de cette ignoble comédie.
Mistress Brian, un jour, tout à coup, parut s'apercevoir de quelque chose, et fort nettement elle pria Malgat de ne plus remettre les pieds rue du Cirque, l'accusant de chercher à suborner sa nièce... Vous voyez d'ici, n'est-ce pas, cet imbécile, protestant de la pureté de ses intentions, jurant qu'il s'estimerait le plus heureux des hommes si on daignait lui accorder la main de Sarah... Mais sir Tom, d'un ton hautain, lui demanda d'où lui venait tant d'outrecuidance, et s'il se croyait fait pour devenir le mari d'une héritière qui portait dans son tablier une dot de deux cent mille dollars.
Malgat sortit en se tenant aux murs, désespéré, résolu à se tuer... Si résolu, qu'en rentrant chez lui, il chercha parmi ses curiosités un vieux pistolet à pierre et se mit à le charger...
Ah! que ne se tua-t-il alors, il eût emporté au tombeau ses décevantes illusions et son honneur intact!...
Il en était à écrire ses dernières volontés, quand on lui apporta une lettre de Sarah.
«Quand une fille comme moi aime, lui écrivait-elle, c'est pour la vie, et elle est à celui qu'elle aime ou elle n'est à personne. Si votre amour, à vous, est vrai, si les obstacles et le danger ne vous épouvantent pas plus que moi, demain soir, à dix heures, vous frapperez à la porte de la cour... j'ouvrirai!...»
Ivre de joie et d'espérances, Malgat se rendit à ce fatal rendez-vous... Savez-vous ce qui advint? Sarah se jeta à son cou, et avec une véhémence extraordinaire:
«—Je t'aime, lui dit-elle, enlève-moi, fuyons!...»