Dans le salon, Sarah était assise sur un divan, ayant à ses côtés Maxime de Brévan. Ils riaient si fort, qu'on les entendait de l'antichambre. Lorsque parut Malgat, elle leva la tête d'un air mécontent, et d'un ton brusque:
«—Ah!... c'est vous!... fit-elle. Qu'est-ce que vous voulez encore!...»
Certes, un tel accueil eût dû désabuser le misérable fou... Mais non!... Et comme il s'embrouillait dans des explications:
«—Parlons franc, interrompit Sarah. Vous venez pour m'enlever, n'est-ce pas? Eh bien! c'est tout simplement de la démence... Regardez-vous, mon cher, et dites-moi si une fille telle que moi peut être amoureuse d'un homme comme vous? Mon amant est ce charmant garçon que vous voyez là... Quant au petit emprunt de tantôt, il ne paie pas, je vous jure, au quart de sa valeur, la comédie sublime que je vous ai jouée... Croyez, d'ailleurs, que j'ai pris mes précautions pour n'être en rien inquiétée, quoi que vous disiez ou fassiez... Sur quoi, cher monsieur, salut, je vous cède la place!»
Ah! elle eût pu parler longtemps sans que Malgat songeât à l'interrompre... L'horrible vérité éclatant dans son cerveau, il lui semblait que le monde s'écroulait. Il comprit l'énormité du crime, il en discerna les épouvantables conséquences, il se sentit perdu... Mille voix du fond de sa conscience s'élevèrent qui lui criaient: Tu es un voleur... tu es un faussaire... tu es déshonoré!...
Mais quand il vit Sarah Brandon se lever pour quitter le salon, saisi d'un accès de rage furieuse, il se jeta sur elle en criant:
«—Oui, je suis perdu, mais tu vas mourir, toi, Sarah!...»
Pauvre sot, qui put croire que les misérables n'avaient pas prévu sa colère et ne se tenaient pas sur leurs gardes!...
Souple comme un de ces rôdeurs de barrières, parmi lesquels jadis elle avait vécu, Sarah Brandon esquiva l'étreinte de Malgat, et, d'un habile croc-en-jambe, le renversa sur un fauteuil.
Et avant qu'il pût se redresser, il était maintenu par Maxime de Brévan et par Thomas Elgin, qui, au bruit, s'était élancé de la pièce voisine...