Le malheureux n'essaya pas de lutter... à quoi bon!... Au dedans de lui, d'ailleurs, une lueur d'espoir s'allumait... Il lui semblait qu'il était impossible qu'une si monstrueuse iniquité s'accomplit, et qu'il n'aurait qu'à clamer la scélératesse des misérables pour les confondre...
«—Lâchez-moi, dit-il, je sors!...»
Mais ils ne le laissèrent pas se retirer ainsi... Ce qui se passait en lui, ils le devinaient.
«—Où voulez-vous aller? lui demanda froidement sir Tom. Nous dénoncer? Prenez garde! ce sera vous livrer sans nous compromettre... Si vous comptez vous faire une arme de la lettre où Sarah vous fixe un rendez-vous, ou de sa visite de tantôt, soyez désabusé; ce n'est pas elle qui a écrit la lettre, et nous lui avons ménagé tantôt un irrécusable alibi... Croyez que depuis trois mois que nous préparons cette affaire, nous n'avons rien laissé au hasard... N'oubliez pas que vingt fois je vous ai chargé d'opérations de Bourse en vous priant de les faire en votre nom... Direz-vous que vous ne jouiez pas à la Bourse?...»
Le pauvre caissier se sentait défaillir.
Lui-même, dans la crainte qu'un soupçon n'effleurât Sarah Brandon, n'avait-il pas écrit à ses directeurs qu'il avait été conduit au vol par des spéculations malheureuses!...
N'avait-il pas falsifié ses livres pour le prouver!...
Le croirait-on, quand il dirait la vérité?... A qui persuaderait-il que le vraisemblable était le faux et que c'était l'absurde qui était le vrai!...
Sir Tom, effrayant de cynisme poursuivait:
«—Avez-vous oublié les lettres que vous m'écriviez pour m'emprunter de l'argent, et où vous confessiez vos détournements! Je les ai là, lisez!...»