Mais quand le jour de l'échéance il se présenta rue du Cirque, il fut reçu comme l'avait été Malgat... On lui apprit que le faux était découvert, qu'une plainte était déposée, qu'il était perdu, enfin... De même qu'à Malgat on lui offrit de l'argent pour fuir...

Pauvre Kergrist!... on ne l'a pas manqué, lui! Fils d'une famille où l'honneur, de génération en génération, se transmettait comme un dépôt sacré, il n'hésita pas...

Etant sorti, il se pendit à la fenêtre même de Sarah, croyant ainsi dénoncer l'infâme créature par qui il était devenu un faussaire.

Malheureux enfant!... On l'avait trompé! Il n'était pas perdu, les faux n'étaient pas découverts; jamais ils n'avaient été mis en circulation.

Une minutieuse enquête ne révéla rien contre Sarah Brandon, mais n'importe, le scandale de ce suicide diminua son prestige. Elle le comprit et, renonçant à ses rêves de grandeur, elle songeait à se laisser épouser par un idiot effroyablement riche, M. Wilkie de Gordon-Chalusse, quand sir Tom lui parla du comte de la Ville-Handry.

Par sa fortune, son âge, son nom, le comte réalisait l'idéal... Sarah se jeta sur lui.

Comment ce vieillard fut attiré rue du Cirque, entouré, enlacé, enivré, et finalement épousé, vous ne le savez que trop, monsieur Champcey.

Ce que vous ignorez, c'est que ce mariage mit la discorde au camp des misérables. M. de Brévan n'en voulait pas entendre parler, et c'est à l'espoir qu'il avait de le rompre, que vous avez dû ses confidences.

Lorsque vous êtes allé le consulter, il était, depuis un mois, brouillé avec Sarah; elle l'avait chassé et cassé aux gages... Et il lui en voulait si mortellement qu'il l'eût démasquée, s'il eût su comment le faire sans se trahir lui-même...

C'est vous qui avez opéré leur rapprochement, en fournissant à M. Maxime l'occasion de servir son ancienne complice.