—Miss Sarah Brandon est bien une de ces aventurières cosmopolites comme les cinq parties du monde nous en envoient depuis les progrès de la vapeur... Ni plus ni moins que les autres, elle est venue tendre à Paris son piége à imbéciles et à pièces de cent sous... Mais elle est d'une pâte plus fine et plus souple que les autres... Ses ambitions sont bien autrement élevées, et chez elle le génie de l'intrigue est à la hauteur de l'ambition... Elle veut la fortune à tout prix. Mais elle veut aussi les apparences de la considération...

On me prouverait que miss Sarah est née à Ménilmontant que je ne m'en étonnerais que médiocrement... Elle se dit Américaine...

Le fait est qu'elle parle l'anglais comme une Anglaise et qu'elle connaît une bonne partie de l'Amérique comme vous connaissez Paris.

Je lui ai entendu conter, au milieu d'un auditoire attendri, l'histoire de sa famille... Je ne dis pas que j'y ai cru.

D'après elle, M. Brandon, son père, véritable type du Yankee, entreprenant et entêté, aurait été dix fois tour à tour riche et misérable, avant de mourir archi-millionnaire.

Ce Brandon, selon sa fille, était banquier à New-York lorsque éclata la guerre entre le Nord et le Sud. Ruiné du coup, il se fit soldat, et en moins de six mois, grâce à son énergie exceptionnelle, parvint au grade de général. La paix l'ayant mis sur le pavé, il commençait à être fort embarrassé de sa personne, quand sa bonne étoile lui fit acheter, moyennant quelques mille dollars, d'immenses terrains où il ne tarda pas à découvrir les puits de pétrole les plus abondants de l'Amérique...

Il était en train de marcher sur les traces de Peabody, quand il périt, victime d'un accident épouvantable. Il fut brûlé dans l'incendie d'un de ses établissements...

Quant à sa mère, miss Sarah prétend l'avoir perdue très-jeune, dans des circonstances effroyablement dramatiques...

—Quoi!... s'écria Daniel, personne n'a songé à contrôler ces assertions?...

—Je l'ignore... Ce qui est sûr, c'est qu'il est parfois des coïncidences bizarres...