—Je vous en conjure, Denise, interrompit-il, n'insistez pas, ne m'enlevez pas mon courage!

Elle devait souffrir horriblement. Ses yeux brillaient d'un éclat insupportable. Ses lèvres sèches tremblaient.

—Vous vous résignez donc à passer en cour d'assises? dit-elle.

—Oui.

—Et si vous êtes condamné?...

—Je puis l'être, je le sais.

—C'est insensé! s'écria la jeune fille. Désespérée, elle se tordait les mains; et sans suite, les paroles jaillissaient de sa bouche:

—Mon Dieu! disait-elle, inspirez-moi! Comment le fléchir, quelles paroles employer?...

Jacques, ne m'aimez-vous donc plus? Pour moi, si ce n'est pour vous, je vous en supplie, fuyons! C'est la honte évitée, c'est la liberté, c'est le salut! Rien ne peut donc vous toucher!... Que voulez-vous? Faut-il que je me traîne à vos pieds! (Et elle se laissait, en effet, glisser aux pieds de Jacques.) Fuyez, répétait-elle, fuyez!

Ainsi que tous les hommes vraiment énergiques, Jacques, par l'excès même de l'émotion, recouvrait la plénitude de son sang-froid. Maîtrisant l'affreux désordre de sa pensée, il releva Mlle Denise et la porta toute défaillante jusqu'au banc grossier du parloir.