Le Président (avec bonté).—Nous vous sommes reconnaissant, monsieur, de l'effort que vous faites... C'est pour vous que ce fauteuil a été apporté; asseyez-vous...

M. de Claudieuse.—Je vous remercie, monsieur; il me reste assez de forces pour parler debout.

D.—Veuillez nous dire, monsieur, ce que vous savez de l'attentat dont vous avez été victime.

R.—Il pouvait être onze heures... J'étais couché depuis un moment, j'avais soufflé ma bougie, et j'étais entre le sommeil et la veille, lorsque je vis ma chambre illuminée de clartés aveuglantes. Comprenant que c'était le feu, je bondis hors de mon lit, et, à peine vêtu, je m'élançai dans les escaliers. J'eus quelque difficulté à ouvrir la porte extérieure, que j'avais fermée moi-même... J'y parvins, cependant. Mais à peine mettais-je le pied sur le seuil que je ressentis au côté droit une douleur terrible, en même temps que j'entendais tout près de moi l'explosion d'une arme à feu... Instinctivement, je m'élançai vers l'endroit d'où partait le coup, mais je n'avais pas fait trois pas que, frappé de nouveau à l'épaule, je tombai sans connaissance.

D.—Entre le premier et le second coup, que s'est-il écoulé de temps?

R.—Trois ou quatre secondes au plus.

D.—C'est-à-dire autant qu'il en fallait pour apercevoir l'agresseur.

R.—Aussi l'ai-je aperçu, s'élançant de derrière les fagots, où il était à l'affût, et gagnant la campagne.

D.—Alors vous pouvez nous apprendre comment il était vêtu.

R.—Certes. Il portait un pantalon gris clair, un veston noir et un large chapeau de paille.