—Va! j'étais bien sûre que tu me reviendrais, lui dit sa femme, lorsque le régiment rentra à Oran... Est-ce que si tu avais été tué là-bas, je ne l'aurais pas senti, moi, ici!...
Cependant sa blessure, que plusieurs jours de fatigue et de chaleurs excessives avaient envenimée, fut longue à guérir...
Et encore lui laissa-t-elle pour toujours une roideur gênante dans le bras, lui rendant difficiles certains mouvements, comme celui de mettre le sabre en main, qui exige un renversement du coude et une torsion du poignet.
En revanche, il fut une fois de plus porté à l'ordre du jour de l'armée, et investi d'un grand commandement, où éclatèrent ses rares aptitudes et ses qualités d'organisateur.
C'est en parlant de lui que le ministre de la guerre disait, en 1847, à la Chambre des députés: «Avec des officiers de cette trempe, je répondrais de la colonisation parfaite de l'Algérie en dix ans!»
Sa réputation de soldat et d'administrateur n'avait donc plus rien à gagner, lorsque arriva la révolution de 1848... S'il s'en préoccupa, ce fut pour bénir la destinée, qui l'éloignait de Paris en une année où la guerre civile y fit couler des flots de sang.
Mais il ne s'en préoccupa guère, distrait par un souci meilleur.
Sa femme venait de lui donner une fille qui reçut le nom de Pauline.
Alors Mme Delorge n'avait plus aucune de ces vagues appréhensions des premiers mois de son mariage... Accoutumée à son bonheur, elle s'y endormait en sécurité profonde, entre son mari et ses enfants.
Pauvre femme!... Le malheur est un créancier impitoyable qui vient toujours... Il venait.