III
On arrivait à la fin de mars 1849, le prince Louis-Napoléon Bonaparte était président de la République française, lorsque les cercles militaires d'Oran commencèrent à se préoccuper de trois «pékins» arrivés depuis peu de France, et descendus à l'Hôtel de la Paix.
L'un était un homme jeune encore, et d'un extérieur «avantageux», portant toute sa barbe, et qui se faisait appeler M. le vicomte de Maumussy.
L'autre était plus âgé. Déjà ses moustaches, fort longues et outrageusement cirées, grisonnaient. Attitude, démarche, coupe de vêtements, tout en lui trahissait, ou plutôt affectait cet on ne sait quoi qui distingue les officiers en bourgeois. Il était inscrit à l'hôtel sous le nom de Victor de Combelaine.
Ces deux messieurs étaient décorés.
Le troisième, plus humble, était aussi plus indéchiffrable.
Il était gros et court, fort rouge, très chauve, et d'une vulgarité que rehaussaient encore les énormes chaînes de montre qui battaient sa bedaine et les bagues qui cerclaient ses doigts noueux.
Les autres l'appelaient, encore qu'il ne parût pas très âgé, le père Coutanceau.
Tous trois venaient en Afrique, disaient-ils partout, à tout propos et très haut, pour obtenir des concessions et faire de l'agriculture en grand.
C'était fort possible, après tout.