Seulement, leurs agissements démentaient leurs assertions.

Ce n'était pas des colons qu'ils recherchaient, ni des fermiers, mais presque exclusivement des militaires.

Souvent, à la nuit tombante, on voyait se glisser chez eux, et non sans précautions pour n'être point vus, des officiers des districts cantonnés au loin, à Mers-el-Kébir, à Arzew, à Sidi-bel-Abbès.

De leur côté, ils étaient toujours par voies et par chemins, tantôt à pied et tantôt en voiture, visitant les postes militaires, et parfois demeurant des deux et trois jours à Mostaganem ou à Mascara.

L'argent ne paraissait pas leur manquer.

Les poches de M. Coutanceau, des poches immenses, où il avait toujours les mains plongées jusqu'au coude, sonnaient comme un clocher de village.

Et ils faisaient grande chère, prenant leurs repas à part et ne ménageant ni le vin de Bordeaux des grands crus, ni le vin de Champagne.

—Positivement, ces gaillards-là nous inquiètent, disait un soir à sa femme le colonel Delorge. On dirait des agents de recrutement. Mais qui viendraient-ils recruter dans la colonie? Pour qui? pour quoi?

—Que ne vous mettez-vous en quête de renseignements! répondait simplement Mme Delorge.

On s'enquit, et on en obtint d'un sous-intendant, qui avait été longtemps employé au ministère des finances, et qui savait son Paris sur le bout du doigt.